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  • Interview - Jocelyne Beroard
    2 photo(s) / Ajouté le : 14 mai 2008 - 787 vue(s)

    Un 15ème album et une tournée mondiale qui a déjà commencé. Les 4, 5 et 6 juillet Kassav’ sera au Zénith de Paris. Il y aura des surprises ?

    C’est une question qui est souvent posée et à laquelle nous ne pouvons jamais répondre, car le terme surprise n’aurait plus de sens. Lorsque nous faisons un concert, nous commençons par tâcher de jouer le répertoire que nous proposons le mieux possible. Ce répertoire est bien entendu composé de chansons dites incontournables, c’est à dire des chansons plébiscitées par le public, des dits "tubes", et des nouveautés. Les nouveautés sont, bien entendu, les chansons du dernier album de Kassav et aussi issues, si besoin est, des CD en solo des membres du groupe. Les surprises sont soit des invités, soit des arrangements, soit les choses autour : lumières, effets spéciaux... Pour le moment nous répétons les titres.

    Nous savons que les aventures musicales aux Antilles sont éphémères, quelle est la recette miracle qui a fait que Kassav’ là toujou (Kassav’ est toujours là) ?

    Peut-être est ce du à la "construction" du groupe. Un concept d’abord. Une idée qui forçait à repartir des racines, pour donner quelque chose qui collerait à notre identité. Ce n’était pas un groupe qui devait faire des tubes pour passer à la télé, mais il devait créer, inventer un style qui serait reconnu comme venant d’un endroit précis. Je crois que lorsque vous faites partie d’une telle aventure, qui vous force à mieux savoir qui vous êtes, vous abordez la musique et la vie de groupe autrement. Mais il faut un leader, une tête. Je crois que la fonction de leader ne peut être supportée par n’importe qui. Pierre Edouard Decimus était celui qu’il fallait. Celui qui avait les mots, celui qui a rassemblé, celui qui a moulé les rails sur lesquels le groupe a fait glisser sa locomotive. Ce n’est pas quelqu’un qui passe son temps à juger les autres ou encore regretter des choses. C’est quelqu’un qui avance dans un monde où la musique est importante mais les musiciens pas encore vraiment pris au sérieux. Un monde où trouver les partenaires efficaces n’est pas évident. Un monde où la tchatche et l’Ego passent avant les réelles actions. Avec humilité, patience et je dirais même sagesse, il nous a appris à ne pas baisser les bras et comprendre que notre histoire ne nous permettait pas d’avoir une vie facile. Qu’il fallait qu’on donne à l’autre la possibilité de grandir, de s’exprimer, de comprendre... Mais qu’il fallait croire en ce que nous faisions. En plus, rassembler tant de personnalités fortes, était aussi un pari difficile. Mais cela a fait la richesse du groupe puisque nous nous complétons et enrichissons le groupe de nos personnalités. Avoir plusieurs compositeurs permet d’éviter la panne. Tous ces éléments sont, je pense, les ingrédients majeurs....

    Kassav’ est pour certains une institution, mais dans votre sillage pas l’ombre d’un renouveau, d’un embryon musical, pourquoi ?

    Peut-être à cause de tout ce que je viens de dire.... Qui nourrit l’âme des autres ? Qui ont-ils envie d’écouter ? Quelles sont leurs ambitions ? Est-ce que leur pays est important pour eux ? Croient-ils en leur héritage ? Qu’est-ce qui les pousse à faire de la musique ? Quelle trace veulent-ils laisser ? Ce ne sont pas des critiques, ni des affirmations, ce sont des questions et je me les pose lorsque je fais, dis, écris, chante...

    Quel est le pays qui t’as le plus marqué ?

    Je ne peux pas répondre au singulier... Beaucoup de pays me séduisent, m’attirent, mais celui qui me touche le plus est pluriel : la Caraïbe.

    Tu es la seule voix féminine du groupe, comment as-tu fait pour t’imposer et durer aussi longtemps au milieu de ces hommes ?

    Justement, je n’ai rien fait. Ou plutôt j’ai fait comme tout le monde : je me suis engagée, investie, j’ai participé sans me poser de question. Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais pensé, au départ, que j’étais une femme au sein d’un groupe d’homme. J’étais dans les même galères qu’eux et j’avais le même désir : travailler avec une équipe dynamique et qui avait envie de foncer. Cela m’a joué un vilain tour car je ne pouvais plus réclamer un statut spécial (rires)... Ce n’est qu’après que j’ai compris que la carte féminine était un atout supplémentaire pour le groupe. Mais ce sont plus les autres à l’extérieur qui en usent, pas moi.

    Tu ne te lasses pas d’être toujours en voyage, de ne pas t’appartenir en quelque sorte ?

    Que puis-je répondre à cette question ? Bien sur que j’aimerais rester en place. Mais suis-je prête à tout arrêter ? Je ne crois pas ! Mon rêve serait de partir uniquement lorsque j’en ai l’envie, mais quelque soit ce qu’on fait dans la vie, il y a des contraintes qui nous apprennent à être disciplinés, à aller jusqu’au bout des choix que nous avons faits. Je pouvais faire un autre métier... c’est celui là que j’ai choisi ou qui m’a choisie ! Et pour le faire, pour en vivre, rester au pays ne le permet pas vraiment. Etre tout le temps sur la route veut dire que ça marche encore, que d’autres vont écouter notre musique, et c’est ce que nous voulions. Ai-je le droit de me plaindre ? Je ne pense pas. Mais je n’ai pas l’impression de ne pas m’appartenir. Je n’ai pas eu la vie dite "normale" d’une femme qui habite quelque part et n’en bouge que pendant les vacances, mais j’ai la vie qui va avec mon métier et la notoriété du groupe dont je fais partie.

    Quels sont les artistes qui ont marqué ta jeunesse ?

    Léona Gabriel Soïme, Edith Piaf, Mahalia Jackson, Celia Cruz, Maria Bethania, Milton Nascimento, Sarah Vaughan, Carmen Mac Rae, Mighty Sparrow, Malavoi, Jacques Brel, Toto Bissainthe, Aretha Franklin, Chaka Khan, Otis Reeding, Stevie Wonder, Harry Belafonte, Fernand Donatien, Bobby Mac Ferrin et bien d’autres...

    Au collège j’ai eu l’occasion d’apprendre « Concerto pour la Fleur et l’oiseau », quand aurons-nous l’occasion d’apprécier à nouveau la Jocelyne jazzy ?

    Le jazz est un mot qui désigne un style de musique américaine et je fais de la musique de style antillais. Le concerto est au départ un quadrille. C’est sous cette forme que Marius Cultier l’a présentée au concours. Puis il l’a enregistrée en ballade, avec des accords comme il sait le faire et ça a pris une couleur dite jazzy... Mais ce n’est pas du jazz, c’est de la musique antillaise. Certaines biguines, sont appelées jazz, parce que ça fait mieux. Mais pour moi, ce qu’il y a de mieux c’est ce que j’ai à offrir que les autres n’ont pas, c’est mon moi venant du fond doc de chez moi. J’avoue avoir aussi pensé à une époque, que faire du jazz vous mettait à un autre niveau... J’ai vite compris que ce que j’avais était aussi fort si je lui donnais suffisamment de respect et de considération. Nous devons apprendre à ne pas tomber dans les pièges qui, sournoisement, dévaluent nos propres richesses. J’ai chanté du jazz, des standards américains, j’aime encore le faire, mais j’aime aussi chanter les milliers de superbes standards de chez nous, jazzy ou pas (racracra)

    Que t’inspirent ces artistes : Marius Cultier, Eugène Mona, Aimé Césaire ?

    Ce sont des créateurs qui me confirment que nous avons des choses à donner, à partager avec ce monde. Des choses enfouies en nous, belles, majestueuses, riches. Ils me rassurent, me poussent, m’épaulent.

    Quand tu as commencé avec Kassav’ il y avait très peu de femmes chanteuses. Comment était-ce perçu ?

    Faut le demander aux autres (rires), je ne me suis pas posée la question... L’important était de gagner notre pari. Je ne m’intéresse pas aux pensées qui peuvent m’empêcher d’avancer.

    Alors c’est pour quand la prochaine blaff-party ?

    L’année prochaine, pareil vers avril-mai au Carbet de nouveau ! Chaque année l’antenne Enfance et Partage de Martinique, dont je suis la marraine, organise un blaff-party pour récupérer quelques sous afin d’assurer les charges du local et autres obligations. Ce n’est pas évident et les subventions ne tombent pas du ciel. Cette année nous avons eu la visite surprise de Dominique Coco et de deux slammeurs de Guadeloupe I-man et Dory, en plus de Lonyon péyi, groupe parallèle de Jean-Philippe Marthely. Ce dernier est déjà candidat pour l’an prochain !

    En dehors de la musique, qu’est ce qui réunit les membres du groupe Kassav’ ?

    Un bon repas entre nous chez Pipo, chez Georges ou chez Jean-Claude... ou chez moi ! On se retrouve souvent surtout lorsque nous sommes au pays.

    A l’étranger, comment abordez-vous un concert devant un public inconnu ?

    Comme tous les autres concerts, normalement, en forme et avec conviction. Il nous arrive d’apprendre quelques phrases du pays comme lever les mains ou merci, bonsoir, les choses simples qui font plaisir. Nous avons rarement joué dans des endroits où nous étions inconnus, alors les gens viennent en connaissance de cause. Donc nous montons sur scène et nous jouons avec le même bonheur, tout simplement.

    Peut-on rêver que le zouk soit une musique nationale reconnue en France ?

    Le zouk est reconnu en France. Du moins il l’était, dans sa forme initiale, sans être vraiment musique nationale... quoi que... en 1988 nous reçûmes la Victoire de la musique du meilleur groupe français. Maintenant on nous met dans francophone, voire même folklorique. On connait ça, Yannick Noah a connu ça aussi. Ca nous fait rire, car quelque part, qui est le plus ridicule ? Et ce n’est pas notre but. Le zouk deviendra peut-être musique nationale reconnue en France en étant chantée en français... Mais ce n’est pas notre but. Car notre zouk est antillais et est reconnu dans le monde, alors quel meilleur rêve peut-on avoir ?

    Le mot de la fin aux lecteurs du P’tit Makrel ?

    An bel bidim bo épi chaj lanmou-a mwen ni !





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